Le Cantique - quatrième cycle

Mis à jour : 31 mars 2018



Prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Déjà, nous avons trop prié et tout souffert. Pour une prière exaucée, dix serments rompus. Les alliances de Dieu jouent sur l’éternité, mais je ne peux admettre qu’elles se jouent de nous. Je sais : nos femmes ont peur d’enfanter, nos hommes sont las de combattre, nos enfants redoutent de grandir et de croire en un Dieu terrible qui n’a jamais cru en eux ; et qui aurait l’audace de les blâmer ? Nos ancêtres ont prié dans le vide, ils sont morts en vain. Montrons au Dieu injuste que l’on peut lutter seul, prouvons aux hommes qu’on peut vivre sans Dieu. Je sais, ce sont des hommes qui nous traquent mais depuis tant de générations que notre peuple fuit, jamais Dieu n’a fait un geste pour le soldat piégé, donné une réponse au désespoir des parents, versé la moindre larme sur l’orphelin. Les prêtres prêchent la patience et la résignation. Mais au terme des prières guette la mort. J’ai peur de vos souffrances et souffre de vos peurs. » À ces mots, les regards se voilaient. Les plus âgés se souvenaient du temps sans crainte de la Cité, les parents en rêvaient pour leurs enfants, les enfants y accrochaient leurs rêves et tous leurs espoirs. Groupés près du feu au cœur de l’exil, ils écoutaient le Maître et cherchaient à percer le secret de cette haine que leur vouaient leurs ennemis et de leur acharnement. À ces questions vieilles comme leur fuite, le Maître répondait :


« La haine nourrit l’ennemi ; nourrissons-nous d’espoir et prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Déjà, nous avons trop prié et tout souffert. Pour une prière exaucée, dix serments rompus. Les alliances de Dieu jouent sur l’éternité, mais je ne peux admettre qu’elles se jouent de nous. Je sais : nos femmes ont peur d’enfanter, nos hommes sont las de combattre, nos enfants redoutent de grandir et de croire en un Dieu terrible qui n’a jamais cru en eux ; et qui aurait l’audace de les blâmer ? Nos ancêtres ont prié dans le vide, ils sont morts en vain. Montrons au Dieu injuste que l’on peut lutter seul, prouvons aux hommes qu’on peut vivre sans Dieu. Je sais, ce sont des hommes qui nous traquent mais depuis tant de générations que notre peuple fuit, jamais Dieu n’a fait un geste pour le soldat piégé, donné une réponse au désespoir des parents, versé la moindre larme sur l’orphelin. Les prêtres prêchent la patience et la résignation. Mais au terme des prières guette la mort. J’ai peur de vos souffrances et souffre de vos peurs. Mais un jour, je le jure, cessera l’errance. » Il leur parlait d’une Cité future aux remparts inébranlables même sous les assauts divins. Les prêtres sursautaient mais ne savaient que rétorquer. Nul d’entre eux n’aurait pu prendre la place du Maître. Ils redoutaient cette ville à venir où pas un temple, sans doute, ne serait bâti. « Que le Maître meure avant que les ennemis se lassent et les gens nous reviendront, soumis », pensaient-ils. Mais la parole du Maître ne mourrait pas.


« Que Dieu existe ou non, nous sommes seuls. La haine nourrit l’ennemi ; nourrissons-nous d’espoir et prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Déjà, nous avons trop prié et tout souffert. Pour une prière exaucée, dix serments rompus. Les alliances de Dieu jouent sur l’éternité, mais je ne peux admettre qu’elles se jouent de nous. Je sais : nos femmes ont peur d’enfanter, nos hommes sont las de combattre, nos enfants redoutent de grandir et de croire en un Dieu terrible qui n’a jamais cru en eux ; et qui aurait l’audace de les blâmer ? Nos ancêtres ont prié dans le vide, ils sont morts en vain. Montrons au Dieu injuste que l’on peut lutter seul, prouvons aux hommes qu’on peut vivre sans Dieu. Je sais, ce sont des hommes qui nous traquent mais depuis tant de générations que notre peuple fuit, jamais Dieu n’a fait un geste pour le soldat piégé, donné une réponse au désespoir des parents, versé la moindre larme sur l’orphelin. Les prêtres prêchent la patience et la résignation. Mais au terme des prières guette la mort. J’ai peur de vos souffrances et souffre de vos peurs. Mais un jour, je le jure, cessera l’errance. Une Cité éternelle poussera sur le sable de l’exil. » Les prêtres écoutaient et, chez certains, le doute s’insinuait comme l’espoir dans le peuple. Le Maître pouvait avoir raison. Un jour, peut-être, la Cité serait bâtie. Mais les plus clairvoyants savaient que, sur le sable humain, l’éternité est un ordre bref. Avec ou sans Dieu, les hommes portaient en eux leur malédiction. Les portes pourraient les protéger des ennemis, de Dieu, mais pas d’eux-mêmes. Et l’exil replongerait sur eux, comme le faucon. Et Dieu…


« S’il existe, il n’aime pas son peuple. Que Dieu existe ou non, nous sommes seuls. La haine nourrit l’ennemi ; nourrissons-nous d’espoir et prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Déjà, nous avons trop prié et tout souffert. Pour une prière exaucée, dix serments rompus. Les alliances de Dieu jouent sur l’éternité, mais je ne peux admettre qu’elles se jouent de nous. Je sais : nos femmes ont peur d’enfanter, nos hommes sont las de combattre, nos enfants redoutent de grandir et de croire en un Dieu terrible qui n’a jamais cru en eux ; et qui aurait l’audace de les blâmer ? Nos ancêtres ont prié dans le vide, ils sont morts en vain. Montrons au Dieu injuste que l’on peut lutter seul, prouvons aux hommes qu’on peut vivre sans Dieu. Je sais, ce sont des hommes qui nous traquent mais depuis tant de générations que notre peuple fuit, jamais Dieu n’a fait un geste pour le soldat piégé, donné une réponse au désespoir des parents, versé la moindre larme sur l’orphelin. Les prêtres prêchent la patience et la résignation. Mais au terme des prières guette la mort. J’ai peur de vos souffrances et souffre de vos peurs. Mais un jour, je le jure, cessera l’errance. Une Cité éternelle poussera sur le sable de l’exil, elle sera bénie de nos mains et sera notre louange. Cité à la gloire de l’homme, elle sera le fruit de votre soif de vie et de votre lutte. Dieu le sait, nul n’y invoquera son nom ; peut-être est-ce pour cela qu’il prolonge nos épreuves. Qu’importe ; ceux qui nous font souffrir seront défaits. L’alliance qui nous unit ne peut être détruite, ni par un, ni par des milliers. Les prêtres verront qu’ils ne sont que des hommes et nous rejoindront. Ils jugeront Dieu, le quitteront et diront avec nous :


« Si Dieu n’existe pas, à quoi sert de prier ? S’il existe, il n’aime pas son peuple. Que Dieu existe ou non, nous sommes seuls. La haine nourrit l’ennemi ; nourrissons-nous d’espoir et prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Ayez confiance en vous, n’attendez rien du ciel. Soyons plus forts que le destin et ses dieux. Plus loin encore, allons chercher une terre de salut. » Ils reprenaient la route, traqués par les ennemis. Sans cesse, il fallait repartir, pour survivre. Et toujours, le chemin était long, chaud et douloureux.