Le Cantique - deuxième cycle



À l’aube, le Maître prenait son bâton et convoquait ses disciples. « Mes amis, celui qui rêve notre perte nous presse, il nous pressera toujours, jusqu’au terme de sa haine. Notre Dieu, comme par le passé, nous abandonne, mais nous formons un peuple uni et vaillant ; prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Déjà, nous avons trop prié et tout souffert. » Le Maître leur parlait et les disciples écoutaient. À chaque étape, ils se croyaient enfin sauvés ; à chaque étape, il leur fallait déchanter. Certains, las et désespérés, auraient voulu abandonner, s’en remettre à l’ennemi, à Dieu, à la mort. Mais chaque fois, le Maître les convainquait et ils repartaient. Et toujours, le chemin était long, chaud et douloureux.


À l’aube, le Maître prenait son bâton et convoquait ses disciples. « Mes amis, celui qui rêve notre perte nous presse, il nous pressera toujours, jusqu’au terme de sa haine. Notre Dieu, comme par le passé, nous abandonne, mais nous formons un peuple uni et vaillant ; prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Déjà, nous avons trop prié et tout souffert. Pour une prière exaucée, dix serments rompus. » Les paroles du Maître faisaient trembler les hommes et les femmes, nul autre jamais ne les avait proférées. Mais les prêtres étaient impuissants, leurs offrandes s’envolaient en fumée, leurs prières n’étaient que du vent, trop de morts jalonnaient la route. Aussi, perclus d’angoisse et de fatigue, ils écoutaient, le Maître les convainquait et ils repartaient. Et toujours, le chemin était long, chaud et douloureux.


À l’aube, le Maître prenait son bâton et convoquait ses disciples. « Mes amis, celui qui rêve notre perte nous presse, il nous pressera toujours, jusqu’au terme de sa haine. Notre Dieu, comme par le passé, nous abandonne, mais nous formons un peuple uni et vaillant ; prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Déjà, nous avons trop prié et tout souffert. Pour une prière exaucée, dix serments rompus. Les alliances de Dieu jouent sur l’éternité. » Les prêtres, dans leur temple de fortune sans cesse déménagé, nourrissaient leur rancœur mais n’osaient rien contre le Maître. Ils connaissaient la vanité de leurs prières et de leurs rites, la colère et la souffrance du peuple. Ils attendaient un signe mais eux aussi ils souffraient, comme tous les autres, perclus d’angoisse et de fatigue, ils écoutaient, le Maître les convainquait et ils repartaient. Et toujours, le chemin était long, chaud et douloureux.


À l’aube, le Maître prenait son bâton et convoquait ses disciples. « Mes amis, celui qui rêve notre perte nous presse, il nous pressera toujours, jusqu’au terme de sa haine. Notre Dieu, comme par le passé, nous abandonne, mais nous formons un peuple uni et vaillant ; prouvons que la haine ne peut rien contre cette force. Déjà, nous avons trop prié et tout souffert. Pour une prière exaucée, dix serments rompus. Les alliances de Dieu jouent sur l’éternité, mais je ne peux admettre qu’elles se jouent de nous. Je sais : nos femmes ont peur d’enfanter, nos hommes sont las de combattre, nos enfants redoutent de grandir et de croire en un Dieu terrible qui n’a jamais cru en eux ; et qui aurait l’audace de les blâmer ? Nos ancêtres ont prié dans le vide, ils sont morts en vain. » Ces mots terrifiaient femmes et enfants mais ils souffraient, comme tous les autres, perclus d’angoisse et de fatigue, ils écoutaient, le Maître les convainquait et ils repartaient. Et toujours, le chemin était long, chaud et douloureux.