Comment l'idée de Maramisa a-t-elle surgi ?

Je crois que le point de départ, en 1985, est double – et comme tout est double dans Maramisa, il n'y a rien d'étonnant à cela. 

Une première idée, puisée dans les recherches que je faisais alors sur le judaïsme, auquel je revenais “laïquement”, selon laquelle ce qui en fait l'essence réside dans l'absence d'une terre, d'une nation. Un peuple à l'identité forte malgré l'absence de nation, à une époque où le nationalisme a causé et cause encore tant de ravages.

La seconde idée est cette structure qui deviendra le cantique : une première boucle, puis une autre, et une autre, et une autre… Je voulais d'abord trouver un compositeur ou une compositrice qui créerait une musique sur ce schéma, une musique minimaliste et sérielle certainement, vu la structure. Et puisque je n'ai pas trouvé, je me suis mis en tête d'écrire un texte qui suivrait ce principe.

Puis, la même année, j'ai écrit un récit : Eternexil. Un exil éternel, comme le racontait le Cantique, où un homme tentait de libérer son peuple à la fois de leur Dieu, lequel ne les avait jamais protégés, et de la menace ennemie qui les contraignait à toujours fuir. Car le peuple de Domelan (c'est le nom du guide), dès qu'il s'installe quelque part et y construit une cité, tôt ou tard se fait attaquer et vaincre, avant de devoir repartir sur le chemin de l'exil.

Ce premier récit, imparfait, en appelait d'autres. La longue histoire de ce peuple, les Elanor, et de leur Dieu, Oranel. Une histoire écrite dans le sable et le vent. J'ai toujours été fasciné par le sable et je suis convaincu que “rien sur terre n'échappe à la loi du grain de sable”…

J'ai essayé de m'y mettre mais je ne me sentais pas la force. Maïmonides prétendait qu'il fallait avoir atteint l'âge de quarante ans pour se lancer dans l'étude de la Kabbale. Je me suis donné le même délai.

Puis, Maramisa est arrivé… Comment ? Je n'en sais rien. Je ne suis pas loin de croire aujourd'hui que c'est elle qui m'a appelé. Qui est venu me débusquer dans cette campagne où nous nous étions installés, au bout du bout du monde. Notre fille nous réveillait plusieurs fois toutes les nuits ; à son chevet, tandis que j'essayais de la rendormir, j'ai écrit une première nouvelle : «Maramisa». L'histoire d'un archéologue qui découvre un site à nul autre semblable, où de larges tombes communes côtoient des masures. 

Cette nouvelle a compté énormément dans mon parcours d'écrivain. Je l'ai envoyée au Concours international de Nouvelles de Radio France Internationale (RFI) et elle a été une des lauréates. Grâce à quoi j'ai été invité au Festival de la Nouvelle de Saint-Quentin, où j'ai rencontré Gilles et Marie Pellerin-Taillon, deux éditeurs québécois passionnés par ce genre et qui venaient de se lancer dans ce défi fou : ne publier que des recueils de nouvelles.

Après ce texte, il y en a eu trois autres (vous les trouverez tous ici) et des légendes. Et un long, long processus qui m'a mené bien au-delà de mes quarante ans, jusqu'à ce roman…